Les Risques et Perspectives économiques et Financiers en 2024

Mesdames et Messieurs,

Je viens de rédiger une note sur les facteurs qui pourraient influencer l’année 2024 - lecture en moins de 6 minutes

« Futurum incertum est, » ce qui se traduit littéralement par « L’avenir est incertain. » Cette phrase résume l’idée que prévoir le futur avec précision est une tâche difficile, sinon impossible, en raison de l’incertitude intrinsèque et des interactions entre les facteurs. Néanmoins, une tentative de prévision de ces facteurs peut affiner les stratégies et tactiques d’investissements.

L’année 2024 s’annonce comme une année de transition pour l’économie mondiale et française. La croissance devrait se poursuivre, mais à un rythme plus modéré qu’en 2023. Les risques sont nombreux, notamment la poursuite de la normalisation des politiques monétaires, l’incertitude géopolitique et les risques liés aux changements climatiques.

Les perspectives économiques et financiers pour 2024 sont donc contrastées. Aux Etats Unis, la croissance et le marché de l’emploi résistent et, en zone euro, la récession reste relativement modérée (exemple de l’Allemagne).

Pour résumer :

A/ Sur le plan économique, les principales tendances à surveiller seront :

  • La poursuite de la normalisation des politiques monétaires, qui entraînera une hausse des taux d’intérêt et une contraction de la liquidité.
  • L’évolution de la guerre en Ukraine et des tensions commerciales entre les États-Unis et la Chine.
  • Les risques liés aux changements climatiques.

B/ Sur le plan financier, les principales tendances à surveiller seront :

  • La volatilité des marchés financiers, qui pourrait s’accentuer en cas de crise.
  • Une hausse éventuelle des taux d’intérêt, qui surprendrait les marchés.
  • Les risques de défaut de paiement des états et des entreprises, qui pourraient augmenter en cas de ralentissement ou récession économique.

I. Les facteurs de risque :

Voici plus en détails quelques facteurs clés qui pourraient influencer l’économie mondiale et les marchés financiers dans leur globalité :

1. Inflation et Politiques Monétaires : La maitrise de l’inflation restera un sujet de préoccupation majeur. Les banques centrales pourraient continuer de resserrer leur politique monétaire : Quantitative Tightening* + Réajustement des taux d’intérêt directeurs. Les investisseurs cherchent à ce jour des indications et des confirmations d’un éventuel assouplissement monétaire des banques centrales. (*Limitation des achats d’obligations auprès des banques commerciales, ainsi les banques disposent de moins de cash pour les opérations de financements des états, des entreprises, et des particuliers)

  1. Ralentissement Économique Global : « Soft landing » (atterrissage en douceur), Récession, ou continuation d’une croissance modeste ? Il y a des craintes d’un ralentissement économique mondial, potentiellement aggravé par les tensions géopolitiques et les politiques protectionnistes. Les conflits internationaux et les tensions géopolitiques, notamment en Europe de l’Est, en Asie, et au Moyen-Orient, pourraient perturber les marchés mondiaux. La logistique maritime notamment pourrait avoir un effet non négligeable sur l’inflation – le prix du fret de conteneur entre l’Asie et l’Europe par exemple a plus que doublé depuis le 21 décembre 2023 (Drewry World Container Index). Il est à noter également que beaucoup d’élections et donc de possibles changements de pouvoir auront lieu cette année (US, Taiwan, Inde, Elections Européennes, etc).

  2. Endettement des États et des Entreprises : Un niveau élevé d’endettement pourrait poser des risques, en particulier si l’environnement de taux d’intérêt devient plus strict. Le coût des dettes deviendrait de plus en plus difficile à supporter pour les états les plus fragiles. En octobre 2023, les couts des emprunts ont atteint des niveaux inédits depuis 2007. Les économies émergentes pourraient être particulièrement vulnérables aux chocs extérieurs, notamment en raison de la dette en devises étrangères et de la dépendance aux capitaux étrangers.

  3. La Chine : Les investisseurs sont en grande majorité sortis des marchés chinois après trois années de perte d’affilé et d’un pays qui s’enfonce dans la récession du fait notamment d’une faible reprise post-covid. La demande intérieure est clairement insuffisante. La déflation est à l’ordre du jour et paradoxalement elle contribue à tempérer les pressions inflationnistes en Europe et aux USA. Attention néanmoins à une récession trop forte et qui s’installerait dans le temps dont voici quelques corollaires : nos exportations vers la Chine souffriraient, la baisse des matières premières se répercuterait sur nos secteur minier et énergétiques, etc.

  4. Changements Climatiques et Risques Environnementaux : Les effets du changement climatique peuvent entraîner des perturbations économiques et financières, notamment dans un premier temps dans les secteurs de l’assurance et de l’agriculture

II. Les Perspectives Économiques :

  1. Récupération Post-Pandémique : Certaines économies pourraient continuer à se rétablir des effets de la pandémie de COVID-19, avec une reprise des secteurs comme le tourisme et l’hôtellerie.
  2. Innovation et Technologie : La croissance dans les secteurs de la technologie, de l’IA, et des énergies renouvelables pourrait continuer à stimuler l’économie. En effet, la Transition Énergétique et Durabilité orientent de plus en plus les investissements dans les énergies renouvelables et les initiatives de durabilité ceci pourrait ouvrir de nouvelles opportunités économiques.
  3. Développement des Infrastructures : Les investissements dans les infrastructures, particulièrement dans les économies émergentes, peuvent stimuler la croissance économique. Dans les économies développées également, rappelons ici les budgets votés par le gouvernement Biden aux USA sur : $1.2 Trillions pour le Bipartisan Infrastructure Law (BIL) ; $400 Billions pour l’Inflation Reduction Act (IRA) ; et $280 Billions Chips and Science Act (CSA). Les gouvernements pourraient continuer à mettre en œuvre des politiques pour soutenir l’économie, notamment en matière d’emploi et d’investissement dans des secteurs clés (transition énergétique, IA, etc).
  4. Des liquidités de près de 6000 milliards de dollars sur le marché monétaire : Alors que la Fed change de cap très progressivement, la hausse des rendements a attiré les liquidités vers les marchés monétaires et autres instruments à court terme (en général inférieur à un an). Ainsi, de nombreux investisseurs ont choisi de se réfugier dans ces véhicules ultra-sûrs en attendant de voir comment la Fed allait gérer l’inflation. Le total des actifs des fonds monétaires a atteint un record de 5900 milliards de dollars le 6 décembre (données de l’Investment Company Institute). Attention, néanmoins, toutes les liquidités des fonds du marché monétaire ne sont pas forcément disponibles pour être investies dans des actions et des obligations. Une partie est détenue par des institutions qui en ont besoin à des fins de trésorerie (Peter Crane, président de Crane Data).
  5. Sur les marchés actions américaines, les « 7 magnificents » ont « drivé » (mener) le marché vers ses plus hauts en 2023 : Leur capitalisation totale d’environ 10000 milliards de USD nous mettra dans l’obligation de suivre ces valeurs que sont Nvidia, Microsoft, Apple, Amazon, Alphabet, Meta et Tesla et leurs corolaires : ventes d’Iphones, guerre des prix des véhicules électriques, les avancés de l’IA, etc. Ces sociétés génèrent des montagnes de trésorerie et grâce à leurs stratégies d’innovation possèdent plusieurs moteurs de croissance.

La manière dont ces facteurs interagiront définira le paysage économique et financier de l’année 2024.

A très bientôt,

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